Ce film permet d'évoquer au-delà d'une simple histoire d'amour impossible, la féminité en Orient mais aussi la complexité du rapport entre l'homme et la femme, le désir de celle-ci et son impossible plaisir.
Les tabous qui entourent depuis toujours les problèmes de la sexualité chez la femme, comme ceux concernant la liberté d'expression en Egypte, m'ont conduit à mener une longue bataille politique afin d'obtenir l'autorisation de tournage au Caire. Sans oublier qu'il m'a fallu aménager le scénario de telle sorte qu'il soit accepté par la censure… C'est aussi pour cette raison qu'un certain discours politique a pris une forme plus littéraire; une forme d'autant plus appropriée que la poésie et la littérature sont omniprésentes dans la culture orientale.
J'ai situé l’action au moment où les textes des "Mille et une Nuits" sont interdits de publication et retirés de la vente pour cause de pornographie. Réalité quasi quotidienne au Caire…
Quant au problème de l'excision, 97% des femmes sont excisées en Egypte, selon Amnesty international et le PNUD…
Ces quelques précisions pour réaffirmer mon désir d'ancrer ce film dans une réalité d'aujourd'hui.

Au-delà de l'évocation de ces tabous et de leur poids quotidien, j'ai voulu porter un regard gracieux sur l'Orient afin de lui restituer sa juste place aux yeux de l'Occident. Car ce sont aujourd'hui deux cultures, deux civilisations qui s'affrontent par méconnaissance, se heurtent et ne s'invitent pas toujours  à un échange, un dialogue qui serait fructueux pour tous.

 

Pour cela, j'ai souhaité une esthétique très travaillée qui donne à "sentir" l'Orient. L'image, les décors, le cadre, et surtout la tonalité des couleurs, du kitsh clinquant aux teintes ocres- marron et aux "noirs collés" des bas-reliefs des tombes égyptiennes, qui se côtoient si bien dans le quotidien.
La peau tient également une grande place. La peau des personnages, son velouté, ses ondulations, comme celle de la ville que l'on sent frémir, contribuent aussi à dégager  une sensualité cachée.
Par ailleurs, j'ai souhaité renouveler le film musical égyptien.

En regardant ce film, il faudrait pouvoir se dépouiller de toute référence culturelle propre et se laisser submerger par le cheminement de Dunia, cette jeune femme excisée qui se réapproprie son corps grâce à la poésie d'amour soufie et à la danse, alors que l'un comme l'autre sont bien mal considérées dans ce pays. Elle ne saura danser et ne trouvera le plaisir que lorsqu'elle réussira à faire face aux traditions et aux tabous qui l’inhibent.
Quant à Beshir, il l'accompagne dans ce difficile apprentissage, lui dont la cécité soudaine lui offre une nouvelle manière d'appréhender la poésie amoureuse et le corps féminin.

Le frémissement de la ville, la poésie amoureuse soufie, la sensualité des mots et des corps, les percussions qui battent au rythme de la ville tout concourt à éveiller la jeune Dunia et l'aider à trouver sa propre voix au-delà du conformisme qui menace. La bande musicale du film concourt également à nous entraîner dans ce voyage sexy entre corps et esprit.

 
 
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